En date du 28 mars, juste avant les grandes marées, un arrêté préfectoral tombe :
Interdiction temporaire de pêche aux coquillages sur le littoral du Morbihan – 28 mars 2025
En raison de la contamination de certains coquillages par des phycotoxines dans le Morbihan, une alerte a été déclenchée dans le cadre des réseaux de surveillance phytoplanctonique (REPHY) de la qualité sanitaire des coquillages.
Les phycotoxines sont des toxines d’algues produites par certaines espèces de phytoplancton pouvant s’accumuler dans les coquillages et ainsi porter atteinte à la santé des consommateurs.
Au regard du risque sanitaire, le préfet du Morbihan a donc pris plusieurs arrêtés portant interdiction temporaire de la pêche maritime professionnelle et de loisir, du ramassage, de l’expédition et de la commercialisation des coquillages. Jusqu’à nouvel ordre, il est donc interdit de pratiquer la pêche des coquillages dans les zones suivantes du littoral morbihannais selon les conditions suivantes :
Pour la zone qui nous concerne
| Tout le littoral depuis Penvins jusqu’à la limite du département de Loire Atlantique (44) | Tous coquillages |
Le 3 avril, je me rends à Damgan à l’embouchure de la rivière de Pénerf afin de réaliser un prélèvement d’eau de mer à l’aide d’un filet à plancton. De retour, je regarde au microscope le prélèvement d’eau. Le verdict est sans appel, il est infesté de diatomées du genre Pseudo-nitzschia.
source sur le site Les services de l’Etat en Morbihan
Pseudo-nitzschia, une algue toxique :
Certaines espèces de ce genre produisent de l’acide domoïque, un acide aminé et de plus, une neurotoxine amnésiante. Elle s’accumule dans le réseau trophique c’est-à-dire qu’elle est absorbée par des mollusques filtreurs tels que les coquilles St Jacques, les huitres, les moules ou les coques dans lesquels elle s’accumule, qui sont eux mêmes absorbés par des poissons, des petis puis des gros, des oiseaux de mer et en bout de chaine, la plupart du temps, l’homme.
Chez l’homme, cette toxine est responsable d’intoxications graves suite à la consommation de fruits de mers contaminés. Les troubles sont des nausées, des troubles neuronaux, des amnésies, etc., d’où le nom « Amnesic Shellfish Poisonning » ASP donné à cette famille de toxines).
Le genre Pseudo-nitzschia comprend plusieurs dizaines d’espèces, parmi lesquelles environ la moitié sont connues pour synthétiser la toxine, l’acide domoïque. Cependant seules quelques espèces ont été identifiées comme posant de réels problèmes de toxicité. Sur les côtes françaises, il s’agit en particulier de l’espèce P. australis. Ces intoxications amnésiantes causent de graves problèmes sanitaires et socioéconomiques. Cette toxine n’est pas détruite par la chaleur.
Dans le cadre du réseau de surveillance français en matière de toxines amnésiantes, l’acide domoïque a été détecté pour la première fois dans des échantillons de coquillages. Le dosage de l’acide domoïque (AD) est réalisé par Chromatographie Liquide Haute Performance couplée à un détecteur Ultra Violet (CLHP/UV), méthode officielle, dans la partie comestible des bivalves est effectué dès que le seuil de 100.000 cellules par litre de diatomée du genre Pseudo-nitzschia spp. est dépassé.( Ifremer).
Ce graphique montre le taux de toxines amnésiantes retrouvées dans les coquillages, Le seuil fixé par la réglementation est de 20µ par g de chair de coquillage. Le 27 mars 2025, dtae des prélèvements, ce taux était largement dépassé

Comment agit la toxine chez les humains ?
L’acide domoïque est un acide aminé que l’on retrouve dans plusieurs espèces de diatomées. Il peut s’accumuler dans les organismes marins qui se nourrissent de phytoplancton, tels que les fruits de mer, anchois, et sardines. L’acide domoïque (AD) est un acide aminé analogue de l’acide L-glutamique, un neurotransmetteur, capable d’engendrer des troubles neurologiques chez des espèces à système nerveux centralisé, comme par exemple les oiseaux, les mammifères marins ou les humains (Scholin et al. 2000, Lincoln et al. 2001, Bargu et al. 2002, Lefebvre et Robertson 2010). L’acide domoïque se fixe sur les neurones à la place de l’acide L-glutamique mais, au contraire de ce dernier, n’est pas libéré (Fig. 1.6). Il maintient ainsi une stimulation continue des neurones se situant dans la zone de l’hippocampe, les endommage et entraîne leur destruction conduisant à des pertes de mémoires (Todd 1993). Cf thèse Variabilité interspécifique et intraspécifique des indices physiologiques chez les diatomées toxiques du genre Pseudo-nitzschia
L’acide domoïque, lorsqu’il est ingéré à cause de coquillages contaminés, se fixe dans le cerveau sur les récepteurs synaptiques à la place de l’acide glutamique et agit comme une neurotoxine, provoquant un dysfonctionnement des neurones ou leur mort. Cela affectant la mémoire à court terme, provoquant des dommages cérébraux, et la mort dans les cas les plus sévères.
L’acide domoïque et son transfert dans les réseaux trophiques marins. L’acide domoïque est intégré dans les réseaux trophiques marins par l’ingestion de Pseudo-nitzschia toxiques par les consommateurs primaires (zooplanctons, larves, mollusques filtreurs et certains poissons planctonophages) qui vont transférer cette toxine jusqu’aux consommateurs supérieurs dont les oiseaux, les mammifères marins et l’homme. Outre l’impact sur les oiseaux, les mammifères marins et l’homme, les efflorescences de Pseudo-nitzschia et les évènements ASP liés vont avoir des répercussions importantes sur les filières conchylicoles et la pêche en provoquant la fermeture de secteurs de pêche à la coquille Saint Jacques par exemple mais également en interdisant le ramassage et la vente de mollusques bivalves (Lelong et al. 2012).
Dans le prélèvement, j’ai retrouvé non seulement Pseudo-nitzschia mais aussi d’autres micro-organismes planctoniques
1 diatomée Odontella x 100
2 diatomée Ditylum x 100
3 diatomée Chaetoceros x100
4 diatomée Ditylum x 100
5 foraminifère x 100
6 diatomée x 100
7 diatomées en chaine x 100
8 chaines de Pseudo-nitzschia x 40
9 Pseudo-nitzschia x 100
10 Pseudo-nitzschia x 100


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